Les « National Energy Compacts » (NEC) sont les plans d'action nationaux qui sous-tendent la « Mission 300 », une initiative menée par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) visant à raccorder 300 millions d'Africains au réseau électrique d'ici 2030.
Élaborés et approuvés par les gouvernements nationaux, ces pactes fixent des objectifs spécifiques à chaque pays pour étendre l’accès à l’électricité et développer les infrastructures énergétiques, renforcer les services publics, déployer des énergies renouvelables décentralisées et des solutions de cuisson propres, et attirer les investissements privés.
En août 2026, 29 pays avaient finalisé leurs NEC. Les douze premiers – le Tchad, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, le Libéria, Madagascar, le Malawi, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Tanzanie et la Zambie – ont été dévoilés en janvier 2025.
En septembre 2025, dix-sept autres — le Bénin, le Botswana, le Burundi, le Cameroun, les Comores, la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Kenya, le Lesotho, le Mozambique, la Namibie, São Tomé-et-Príncipe, la Sierra Leone et le Togo — ont dévoilé leurs accords.
Solar Brief Africa passe ici en revue certains des principaux objectifs auxquels les pays se sont engagés dans leurs NEC.
Accès à l’électricité.
L’élargissement de l’accès à l’électricité fait partie intégrante de nombreux NEC, la majorité des accords fixant des objectifs revus à la hausse pour la fin de la décennie. Le Botswana, la Côte d’Ivoire, la Gambie, la Guinée, le Kenya, le Lesotho, la Mauritanie, le Mozambique, le Nigeria, São Tomé-et-Príncipe, la Tanzanie, le Togo et la Zambie visent tous l’accès universel à l’électricité d’ici 2030.
D'autres pays ne vont pas jusqu'à cet objectif universel, mais s'efforcent néanmoins d'augmenter considérablement leur taux d'accès au cours des prochaines années. La République démocratique du Congo vise 62,5 % d'ici la fin de la décennie, tandis que Madagascar s'efforce d'atteindre un objectif de 80 %.
Accès à des modes de cuisson propres
L’ambition d’améliorer la disponibilité de systèmes de cuisson propres constitue un pilier fondamental de nombreuses stratégies nationales en matière d’énergie (NEC).
Pour certains pays, cela se traduit par un objectif en pourcentage similaire à celui appliqué à l’accès à l’électricité. Le NEC du Tchad vise à fournir des solutions de cuisson propres à 46 % de la population, tandis que le Burundi vise 40 % et que la Côte d’Ivoire s’est fixé un objectif de 50 %. Le Botswana affiche l’un des objectifs les plus élevés en matière de cuisson propre parmi les NEC, avec 90 %, tandis que le Togo s’est engagé à éliminer totalement l’utilisation du bois et du charbon de bois traditionnels pour la cuisson.
Certains pays visent un chiffre précis plutôt qu’un pourcentage : Madagascar s’efforce ainsi de faire en sorte que 1,5 million de foyers adoptent des appareils de cuisson propres et améliorés, tandis que d’autres pays ont fondé leurs objectifs sur une stratégie, à l’image du Libéria qui prévoit d’adopter une stratégie nationale officielle en matière de cuisson propre d’ici fin 2026.
Augmentation de la capacité de production
Certains pays en développement sans côte (NEC) visent des augmentations spécifiques de leur capacité de production d’électricité. Le Cameroun et le Kenya ont tous deux pour objectif de plus que doubler la capacité totale de leur réseau grâce à de nouvelles installations électriques, tandis que l’Éthiopie vise à tripler la capacité de son réseau national et que la Sierra Leone s’efforce de quadrupler la capacité totale installée de production de son réseau. Le Mozambique cherche plus particulièrement à tripler sa capacité solaire à grande échelle.
D'autres se sont fixé pour objectif d'augmenter la part des énergies renouvelables dans leur réseau national, comme la Tanzanie qui vise 75 % d'ici 2030, ce qui équivaut à plus de 1,8 GW de nouveaux projets d'énergie renouvelable. Ailleurs, le Bénin souhaite que les énergies renouvelables représentent au moins 31 % de son mix énergétique national d’ici 2030, tandis que le Botswana vise une part de 50 %. De son côté, le Lesotho vise une part de 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2030.
Développement des infrastructures
L'engagement en faveur d’une augmentation de la capacité de production va souvent de pair avec le développement des infrastructures de réseau et de transport d’électricité. Une partie de ces travaux s’effectue au niveau national, comme le projet du Cameroun d’investir dans des réseaux de transport à longue distance couvrant huit des dix régions du pays. Au Sénégal, la société publique d’électricité Senelec devrait bénéficier de modernisations structurelles afin d’intégrer et de distribuer les énergies renouvelables.
Parmi les objectifs chiffrés relevant de cette catégorie, on peut citer le projet du Malawi visant à installer plus de 22 000 km de nouvelles lignes de distribution, tandis que le Kenya prévoit de mettre en place plus de 8 000 km de nouvelles lignes de transport.
D’autres engagements dans ce domaine visent à améliorer l’interconnectivité entre pays voisins. Le Tchad s’emploie à moderniser son réseau grâce à un projet d’interconnexion avec le Cameroun. Le NEC du Ghana prévoit l’extension des corridors de transport afin d’améliorer ses liaisons transfrontalières d’échange d’électricité via le West African Power Pool (WAPP).
Au sud du continent, le Lesotho modernisera ses lignes de transport à haute tension afin de se raccorder directement au South African Power Pool (SAPP). De son côté, la Namibie prépare une refonte de son réseau de transport à haute tension, comprenant un soutien structurel majeur aux liaisons régionales, notamment une interconnexion avec l’Angola.
Développement hors réseau
Le déploiement de mini-réseaux ruraux et de systèmes solaires hors réseau sera essentiel pour de nombreux pays afin d’atteindre leurs objectifs d’accès à l’électricité, en particulier ceux où l’extension du réseau risque d’être lente ou coûteuse.
La plupart des NEC mentionnent le déploiement de solutions hors réseau. On peut citer, par exemple, l’accent mis par Madagascar et le Niger sur les solutions solaires hors réseau, tandis que le Lesotho indique qu’il se concentrera sur des systèmes solaires domestiques autonomes pour les villages isolés.
Les Comores misent également sur le solaire distribué, leur NEC soulignant les défis et les coûts liés au développement d’infrastructures interconnectées entre les îles.
Mobilisation de capitaux
Tous les engagements pris dans les NEC mentionnés ci-dessus ne pourront être tenus qu’avec un soutien financier. La plupart des NEC cherchent à mobiliser des millions, voire des milliards, d’investissements du secteur privé, en recourant dans certains cas à une structure de financement mixte public-privé.
Pour certains pays, comme la République démocratique du Congo, ce travail impliquera de libéraliser leurs marchés de l’électricité afin de permettre à des promoteurs privés de produire de l’énergie, de construire des réseaux de transport et de vendre l’électricité directement aux acheteurs.
Selon les chiffres publiés par la BAD, les engagements pris à ce jour dans le cadre de la « Mission 300 » totalisent 238 milliards de dollars d’investissements publics et privés. Obtenir ce financement restera un défi crucial pour bon nombre des ambitions énoncées dans les NEC. Mais ces engagements montrent que l’élargissement de l’accès à l’électricité à travers l’Afrique nécessitera plus que de nouvelles capacités de production : des investissements majeurs dans les réseaux, les sources d’énergie distribuées, les interconnexions régionales et les investissements privés sont tout aussi importants pour atteindre les objectifs généraux de la « Mission 300 ».
Pourquoi est-ce important ?
Pour les développeurs solaires et les opérateurs hors réseau, ces accords concrétisent d’énormes opportunités de marché, ces 29 pays s’engageant explicitement à déployer des mini-réseaux, des systèmes solaires domestiques autonomes et des énergies renouvelables distribuées. Les pionniers qui aident les gouvernements à mettre en œuvre les NEC grâce à des mécanismes de financement, au renforcement des capacités réglementaires et au suivi de la mise en œuvre sont susceptibles d’en tirer des rendements disproportionnés, tandis que ceux qui attendent que la clarté politique se concrétise risquent davantage de se heurter à une concurrence acharnée et, éventuellement, à des marges plus faibles.
Sources : World Bank
