Selon une analyse de la Banque mondiale, le Nigeria compte la plus grande population au monde sans accès à l’électricité, avec environ 85 à 90 millions de personnes vivant sans alimentation électrique fiable, soit plus de 40 % de la population totale du pays.
Le problème d'accès à l'électricité au Nigeria se concentre principalement dans les zones rurales dépourvues d'infrastructures de réseau conventionnelles, où les villages se trouvent à plusieurs kilomètres du point de raccordement le plus proche. L'extension du réseau national vers des communautés rurales isolées et peu peuplées peut s'avérer coûteuse, ce qui rend difficile de justifier des raccordements au réseau conventionnel.
Pour un pays de cette taille, le réseau électrique nigérian a toujours été sous-développé, les réseaux de transport et de distribution peinant à suivre le rythme de la croissance démographique et économique. Les personnes raccordées peuvent subir des coupures fréquentes et ne disposer que de quelques heures d’électricité par jour, ce qui oblige de nombreux foyers et entreprises à recourir à des générateurs à essence ou au diesel. Le Nigeria est l’un des plus grands marchés mondiaux pour ces générateurs, mais pour de nombreux clients, les coûts sont prohibitifs.
Cette combinaison de défis crée un marché important pour les solutions solaires distribuées, notamment les systèmes solaires domestiques et les mini-réseaux, qui peuvent fournir un accès à l’électricité indépendamment du réseau tout en réduisant la dépendance coûteuse au diesel. Elle fait également du défi électrique du Nigeria un enjeu à la fois d’élargissement de l’accès et d’amélioration de la fiabilité et de l’accessibilité financière pour les consommateurs existants.
Déploiement accéléré
Les installations solaires hors réseau au Nigeria ont connu une croissance exponentielle ces dernières années. Selon le rapport « Africa Market Outlook 2026-2029 » du Global Solar Council, les systèmes hors réseau représentaient 96 % des 803 MW de capacité solaire ajoutée au Nigeria en 2025. En début de semaine, la presse locale nigériane a annoncé que plus de cinq millions de nouveaux raccordements électriques hors réseau avaient été enregistrés au cours des deux dernières années.
Dayo Olowoniyi, responsable technique de la Mission 300 au Nigeria, a désigné le projet nigérian DARES (Distributed Access through Renewable Energy Scale-up) comme un élément clé pour soutenir le déploiement d’équipements solaires dans les communautés rurales et à faibles revenus.
Mis en œuvre par l’Agence nigériane d’électrification rurale (REA), le projet DARES est une initiative de 750 millions de dollars soutenue par la Banque mondiale, lancée en 2024 et visant à offrir un accès à l’électricité, nouveau ou plus fiable, à plus de 17,5 millions de Nigérians. Il accorde des subventions en capital aux entreprises du secteur des énergies renouvelables, ce qui réduit les coûts pour les clients qui, sans cela, n’auraient peut-être pas les moyens de s’équiper de systèmes solaires.
Selon une analyse de l’Africa Energy Portal, le projet DARES a permis à ce jour à 5,3 millions de personnes de bénéficier d’un accès à l’électricité, qu’il s’agisse d’un premier raccordement ou d’une amélioration de l’accès existant, ce qui équivaut à environ un tiers de son objectif. En juin, le programme avait permis de mettre en service 41,25 MW de capacité renouvelable, sur un objectif de 465 MW d’ici 2028, ce qui laisse peu de marge d’erreur pour la mise en œuvre au cours des prochaines années. Le déploiement des systèmes solaires domestiques a progressé plus rapidement, avec 1,046 million d’unités installées contre un objectif de 2,75 millions d’ici 2028. Les déploiements se sont fortement accélérés, passant de 709 500 en mars à plus d’un million en juin, ce qui témoigne d’une amélioration du rythme de mise en œuvre.
En avril, la Banque mondiale a relevé le plafond de capacité des projets éligibles au programme DARES à 10 MW et a débloqué jusqu’à 200 millions de dollars de fonds auparavant gelés, s’engageant à verser 243 millions de dollars supplémentaires. La prochaine étape de l’initiative DARES consistera à traduire cet apport de capitaux en projets concrets. La réalisation des objectifs fixés pour 2028 dépendra d’une exécution plus rapide des projets et d’investissements soutenus du secteur privé.
Nouveaux investissements
L’accès aux capitaux reste le principal frein à une nouvelle accélération du marché nigérian de l’énergie solaire hors réseau, les entreprises ayant besoin de fonds propres pour développer leurs activités. Un nombre croissant d’investisseurs d’impact et d’institutions de financement du développement interviennent pour combler ce déficit. Le financement de l’électrification nécessite à la fois un soutien direct aux entreprises capables de déployer des solutions décentralisées à grande échelle et des capitaux prêts à assumer des risques pour permettre la participation du secteur privé.
Le rythme de déploiement des capitaux semble s’accélérer. Au cours des six mois compris entre mars et septembre de cette année, au moins 88 millions de dollars de nouveaux engagements de financement ont été annoncés. Cela inclut l’investissement de 4 millions de dollars réalisé par Energise Africa et All On dans Maskh Nigeria, une entreprise locale spécialisée dans les énergies renouvelables et les infrastructures. Ce financement permettra de soutenir 19 mini-réseaux dans les États de Jigawa et de Bauchi, au bénéfice de près de 100 000 personnes.
En mars, le Programme universel d’accès à l’énergie verte a octroyé 13 millions de dollars à Sterling Bank, permettant ainsi l’octroi de prêts à un portefeuille de projets d’énergie renouvelable décentralisée, notamment des systèmes solaires domestiques et des mini-réseaux.
Début septembre, Africa50 a annoncé avoir levé 71 millions de dollars, provenant principalement de l’Alliance solaire internationale, de l’Autorité nigériane d’investissement souverain et du Groupe de la Banque mondiale. Ce financement est destiné à son fonds, qui apporte des capitaux propres à des entreprises opérant dans les domaines des mini-réseaux, du solaire hors réseau, du solaire commercial et industriel, de la cuisine propre et de la mobilité électrique, tant au Nigeria que dans l’ensemble de la région.
Cette initiative fait suite à une autre lancée en mars 2025, dans le cadre de laquelle Africa50, la NSIA, l’Alliance solaire internationale et « Énergie durable pour tous » avaient dévoilé un fonds de 500 millions de dollars destiné à des projets d’énergies renouvelables décentralisées au Nigeria. Géré conjointement par Africa50 et la NSIA, ce fonds bénéficie d’un capital catalyseur provenant du fonds continental, actuellement en cours de mise en œuvre.
Ce que ça change
Alors que la population du Nigeria devrait dépasser les 400 millions d’habitants d’ici 2050 et que le développement du réseau électrique souffre d’un sous-financement chronique, l’énergie solaire hors réseau restera essentielle à la réalisation des objectifs d’électrification. Pour les acteurs du secteur solaire nigérian, le déploiement continu de systèmes hors réseau est synonyme d’une forte demande à court terme. Mais la poursuite du développement dépendra de la capacité des mécanismes de financement actuellement en place à traduire efficacement les engagements de capitaux en capacité déployée. L'engagement de 750 millions de dollars de la Banque mondiale en faveur du programme DARES et l'écosystème émergent d'investisseurs d'impact constituent une base solide, mais les efforts doivent se poursuivre afin de permettre l'accès à l'électricité aux dizaines de millions de Nigérians qui en sont actuellement privés.
Sources : World Bank, The Guardian Nigeria, Global Solar Council, Africa Energy Portal
