Le Niger a conclu un contrat de partenariat public-privé d'une valeur de 126,1 milliards de francs CFA (222,7 millions de dollars) avec la société énergétique Niger Electricity Power Production (NEPP). Les termes de l’accord prévoient le développement d’un projet solaire de 200 MW qui sera associé à un système de stockage par batterie. Il sera construit à Niamey, capitale et plus grande ville du Niger.
Selon le portail d’information nigérien ActuNiger, le projet devrait être achevé d’ici deux ans, et l’électricité produite sera vendue à la Société nigérienne d’électricité (NIGELEC), l’entreprise publique d’électricité du Niger, au tarif de 35 XOF/kWh pendant une période de 20 ans. Il sera développé selon le modèle « construire, posséder, transférer », ce qui signifie que la propriété intégrale du projet sera transférée à l’État à l’issue de la période de 20 ans couverte par le contrat d’achat d’électricité.
Projet phare
Une fois achevé, ce projet devrait devenir la plus grande centrale photovoltaïque du Niger. Actuellement, le plus grand projet solaire en exploitation est la centrale de Gorou Banda, d’une puissance de 30 MW, située à la périphérie de Niamey et mise en service en 2023. Détenu et exploité par NIGELEC, ce projet a bénéficié d’un financement de l’Agence française de développement, de l’Union européenne et du gouvernement nigérien.
Un communiqué de presse gouvernemental publié en juillet estimait la capacité de production d’électricité installée du Niger à 420 MW, dont 377 MW issus de la production thermique et 43 MW issus du photovoltaïque solaire. Cependant, seuls 294 MW étaient disponibles au moment de la rédaction de cet article, ce qui met en évidence les limites du parc de production national existant. Un rapport publié par le site d’information local Nigerinfo ajoute que ce déficit de 126 MW se traduit par des coupures de courant régulières à Niamey et entraîne des factures de diesel élevées pour les commerçants qui utilisent des groupes électrogènes.
Une analyse d’Enerdata précise que le Niger vise à porter sa capacité énergétique à 850 MW d’ici 2030, dans le cadre de ses efforts pour atteindre un taux d’électrification de 80 % d’ici 2035, en mettant l’accent sur les énergies renouvelables et la participation du secteur privé. La concrétisation de ce nouveau projet de centrale solaire avec stockage de 200 MW sera sans doute essentielle pour atteindre ces objectifs.
Souveraineté énergétique
S’exprimant lors d’une cérémonie de signature entre l’État et la NEPP, le ministre des Affaires étrangères du Niger, Yaou Sangaré Bakary, a déclaré que l’accès à une énergie propre, souveraine, stable et abordable constituait le fondement d’un développement économique et social durable.
Le ministre a ajouté que ce nouveau projet combinant énergie solaire et stockage devrait contribuer à réduire la dépendance du Niger vis-à-vis des importations d’électricité et à améliorer l’approvisionnement des ménages, des services publics et des industries. Selon Worlddata, le Niger a importé environ 51 % de son électricité en 2024. La principale source d'importation du Niger est le Nigeria, situé à environ 60 kilomètres de la capitale nigérienne.
Le Niger dépend fortement du diesel importé et d'autres produits pétroliers raffinés pour répondre à ses besoins nationaux en énergie et en transport. Le pays a importé des huiles de pétrole et des préparations connexes pour une valeur d’environ 106,7 millions de dollars en 2023, selon la Banque mondiale, tandis que les chiffres de Worldometer indiquent que le Niger a consommé 20 173 barils par jour de pétrole et de produits pétroliers en 2024, soit une augmentation de 2,9 % par rapport à 2023.
Cette forte dépendance tant vis-à-vis des importations de diesel que de l’électricité nigériane rend le développement des énergies renouvelables essentiel tant pour la durabilité que pour l’indépendance énergétique du Niger. La région du bassin fluvial, où sera construite la nouvelle centrale solaire, représente 70 % de la demande énergétique du Niger. La demande de pointe est estimée à 260 MW, selon Nigerinfo, la région étant actuellement en mesure de couvrir plus de 86 % de ses besoins sans recourir aux importations nigérianes. Ces chiffres indiquent que la région de Niamey sera en mesure de réduire sa dépendance vis-à-vis des importations une fois que la nouvelle centrale solaire sera opérationnelle.
Partenariats public-privé
Le ministre Bakary a également déclaré que ce projet reflétait la volonté des autorités nigériennes de mobiliser l’expertise technique et les capacités financières du secteur privé.
Les partenariats public-privé sont essentiels pour faire avancer les projets solaires à travers l’Afrique, car ils permettent aux gouvernements de tirer parti de l’expertise, des capitaux et du partage des risques du secteur privé afin de surmonter les défis logistiques et infrastructurels. Au Niger en particulier, ces PPP constituent un outil clé pour remédier aux contraintes énergétiques et à la dépendance vis-à-vis des importations grâce à un modèle qui pallie le manque de capitaux et de capacités techniques nationaux.
La NEPP étant chargée de mobiliser l’intégralité du financement des infrastructures, la viabilité du projet dépendra de la capacité du promoteur à lever les 126 milliards de francs CFA nécessaires à sa réalisation dans les mois à venir. Le président de la NEPP, Adamou Amadou Daouda, a réaffirmé, lors de la cérémonie de signature, l’engagement du groupe à respecter ses obligations contractuelles et a confirmé qu’une période de six mois serait consacrée à des études complémentaires sur le projet et à la mobilisation des ressources.
Ce que ça change
Ce projet combinant énergie solaire et stockage pourrait permettre de relever l'un des défis énergétiques les plus urgents de l'Afrique subsaharienne, à savoir le cercle vicieux de la dépendance vis-à-vis des importations. Une fois concrétisé, ce projet pourrait démontrer que des installations solaires avec stockage à grande échelle peuvent être financées et construites dans le cadre de partenariats public-privé (PPP), servant ainsi d’exemple pour d’autres pays africains confrontés à des contraintes similaires à celles du Niger. Les gouvernements et autres promoteurs privés pourraient s’inspirer de ce projet pour comprendre comment des contrats d’achat d’électricité transparents, des modèles de type « construction-propriété-transfert » et un soutien international au développement peuvent débloquer des investissements dans les énergies renouvelables dans des pays disposant de capitaux nationaux limités.
Sources : ActuNiger, NigerInfos, L'Agence Nigérienne de Presse
