Le Gabon a mis en service, le 5 septembre, la première phase de la centrale solaire de la Plaine Ayémé, premier projet solaire à grande échelle du pays. La puissance mise en service s’élève à 30 MWac. La puissance annoncée par l’État reste toutefois de 120 MW. Le financement conclu en mars couvre 60 MW.

Ce qui a réellement été mis en service

La première phase comprend 92 000 panneaux pour une puissance de 30 MWac, soit 44 MWdc, avec 8 MWh de stockage par batterie, sur un site situé à plus de 30 km de Libreville et relié par une nouvelle ligne de 90 kV au poste de Ntoum 2. Solen estime que la production permettra d’alimenter environ 45 000 foyers. Hermann Immongault, vice-président du gouvernement, a réceptionné la centrale, et Philippe Tonangoye, ministre chargé de l’accès à l’eau, a déclaré qu’elle augmenterait considérablement la capacité de production disponible aux alentours de Libreville. La construction a débuté en août 2022, alors que la date de livraison initiale était fixée à juillet 2023.

Le projet annoncé et le projet financé ne portent pas sur la même envergure

La couverture médiatique de la remise de la centrale a fait état d’un projet de 120 MW d’une valeur de 99 milliards de FCFA (150 millions d’euros). La transaction finalisée le 2 mars 2026 décrit un projet de moindre envergure : 60 MW d’énergie solaire avec 30 MWh de stockage répartis sur deux phases, financés à hauteur de 18,4 milliards de FCFA (28 millions d’euros). Ces deux versions n’ont pas fait l’objet d’une clarification publique. Le financement a été restructuré et la portée du projet réduite, mais le chiffre de 120 MW a tout de même continué à circuler.

Plaine Ayémé was announced at 120 MW, financed at 60 and handed over at 30. Around a quarter of the publicised capacity is on the grid
Plaine Ayémé was announced at 120 MW, financed at 60 and handed over at 30. Around a quarter of the publicised capacity is on the grid SolarBrief Africa

Qui supporte le risque ?

Solen SA est un producteur gabonais détenu par le groupe Equitane de Dubaï, qui a conclu un contrat d’achat d’électricité (CAE) de 25 ans avec l’État gabonais, la SEEG, l’entreprise nationale des eaux et de l’électricité, étant l’acheteur de l’électricité. Les prêteurs sont l’Afrigreen Debt Impact Fund et la BGFIBank. Aucune institution de financement du développement n’apparaît dans la structure et aucune garantie souveraine n’a été divulguée, ce qui est rare pour une centrale unique en son genre et explique en grande partie pourquoi le projet n’a avancé qu’une fois que son périmètre a correspondu à ce que deux prêteurs commerciaux étaient prêts à financer.

Ce que ça change

Pour un ministère qui prépare son prochain appel d’offres, l’écart entre 120 MW et 60 MW est un point qui mérite réflexion. Le projet n’a pas été revu à la baisse en raison d’une sous-performance de la ressource ou d’un échec technologique. Il a été ramené à une taille que deux prêteurs commerciaux étaient prêts à financer sans garantie souveraine, et ce n’est qu’alors qu’il a pu être construit. Quatre ans se sont écoulés entre le début des travaux et la mise en service d’un quart de la puissance nominale initiale sur le réseau. Un gouvernement qui continue de citer le chiffre antérieur à la restructuration signale aux prochains prêteurs que son portefeuille de projets annoncés et son portefeuille de projets bancables ne correspondent pas, et cet écart se répercute sur le prix de la prochaine opération. Le chiffre le plus utile à publier est celui qui figure dans les documents de financement.

Sources : Degaullefeleurance, Gabonactu, PV-Magazine