Le 12 août 2026, le président Faustin-Archange Touadéra a inauguré à Sakaï, à une dizaine de kilomètres de Bangui, une centrale photovoltaïque de 50 MW couplée à 15 MWh de stockage. Développée par l'émirati Global South Utilities (GSU), construite en dix mois avec plus de 80 000 panneaux, elle relève la capacité électrique nationale de plus de 60 % d'un seul coup - le plus grand projet d'infrastructure de l'histoire du pays. Dans un État où l'accès à l'électricité plafonnait à 16 % en 2023 (35 % à Bangui, 2 % en zone rurale) et où le réseau repose sur le barrage vieillissant de Boali (moins de 40 MW), le geste est spectaculaire.

Il détonne aussi par sa forme. Là où le continent multiplie les projets distribués - 120 mini-réseaux publics au Kenya, près de 190 sites privés de WeLight à Madagascar -, la RCA fait le pari inverse : une centrale unique, raccordée au réseau de la capitale, portée par un opérateur étranger. Le couple solaire + batteries est ici le bon choix technique, apportant puissance de jour et stabilité du soir sur un réseau squelettique.

Restent trois inconnues. D'abord la dépendance à un opérateur unique venu d'Abou Dhabi : durée du contrat, tarif de rachat, maintenance et remplacement des batteries dans dix ans n'ont pas été rendus publics - or c'est cette mécanique sur vingt ans qui fait la valeur d'un actif en État fragile. Ensuite, capacité n'est pas accès : alimenter « 300 000 foyers » suppose lignes, raccordements et tarifs soutenables, quand la demande solvable se concentre à Bangui et que les campagnes restent à 2 %. Enfin, l'arrivée de capitaux du Golfe dans un pays déjà courtisé fait de l'énergie un levier d'influence autant qu'un service public.

Ce que ça change

Pour un développeur ou un financier, la RCA illustre qu'une seule centrale utility-scale + stockage peut réinitialiser un micro-réseau national en dix mois ; mais le vrai test n'est pas la cérémonie, c'est la facture d'électricité de 2027 et l'état des batteries en 2036. La transparence des termes d'exploitation conditionnera la réplicabilité du modèle dans les autres petits marchés du Sahel et d'Afrique centrale.

Sources : Africa Energy Portal (20/08/2026), The National (12/08/2026), pv magazine (13/08/2026).