Le Conseil des ministres du Burkina Faso a approuvé, le 10 septembre à Bobo-Dioulasso, une enveloppe de 104,175 milliards de CFA (environ 158,8 millions d'euros) destinée à renforcer la SONABEL, l'entreprise nationale d'électricité, et la nouvelle agence « Faso Vêenem », chargée de l'accès à l'électricité hors réseau. Ces fonds serviront à financer la modernisation du réseau de transport, l'extension du réseau de distribution et la mise en place de solutions énergétiques durables pour les écoles, les foyers et les centres de santé, au bénéfice de plus de 250 000 foyers.
Les objectifs de la SONABEL
Le Pacte national de l'énergie 2026-2030, adopté en juin, fixe des objectifs plus ambitieux. La capacité installée en énergies renouvelables doit passer de 228 MWc en 2024 à 887 MWc en 2030, soit une augmentation de 659 MWc en six ans. Sur la même période, la dépendance vis-à-vis des importations doit passer de 55 % à zéro. Les importations ont représenté 48,89 % de l'énergie totale disponible en 2024, provenant principalement du Ghana, de la Côte d'Ivoire et du Togo, tandis que la production nationale est passée de 932,2 GWh en 2019 à 1 419,1 GWh en 2024.
Ce qui existe déjà sur le terrain
Le parc solaire à grande échelle de la SONABEL reste modeste par rapport à cet objectif. Zagtouli, près de Ouagadougou, affiche une puissance de 33 MW ; Kodéni, dans les Hauts-Bassins, de 38 MWc sur 70 hectares ; et Pâ, de 30 MWc. La BOAD a approuvé en mars une enveloppe de 16,468 milliards de CFA pour l’extension de la centrale de Koudougou, et un parc solaire régional de 75 MWc est prévu à Kaya. Le ministère de l’Énergie a recensé 126,4 MW supplémentaires répartis sur quatre centrales au premier semestre 2026, entre énergie thermique et solaire.
Deux objectifs pour la même année
Le ministre de l’Énergie, Yacouba Zabré Gouba, a évoqué un taux d’électrification de 70 % d’ici 2030 à l’issue du Conseil des ministres. Le Pacte national de l’énergie fixe quant à lui un objectif de 90 %, avec 100 % en milieu urbain et 70,73 % en milieu rural. Le taux d’accès s’élevait à 34,2 % en 2024, réparti entre 87,83 % en milieu urbain et 10,21 % en milieu rural. Le Pacte prévoit un budget de 6 235 milliards de CFA, soit environ 10,3 milliards de dollars, pour raccorder 17,9 millions de personnes supplémentaires, dont plus de 11 millions en milieu rural.
Ce que ça change
Le fait que deux objectifs aient été publiés pour la même année rend ce plan difficile à faire respecter, et tout régulateur d’un autre pays qui lirait ces lignes devrait noter quel chiffre est avancé après une décision de financement. Les 104 milliards de CFA approuvés en septembre servent à acheter des lignes électriques, et non des mégawatts ; les 659 MWc de nouvelle capacité renouvelable doivent donc provenir d’ailleurs. Avec un service public dont le réseau sera pour moitié importé en 2024, cette source ne peut être que le capital privé.
Sources : Council of Ministers communiqué, Présidence du Faso, Ecofin Agency, omexom