« Les entreprises regardent l'Afrique de plus près » — l'AFSIA expose pour la première fois à Intersolar
"Companies are looking more closely at Africa" — AFSIA's first Intersolar as an exhibitor
Pour la première fois, l'Africa Solar Industry Association (AFSIA) a exposé à Intersolar Europe, à Munich. Benjamin Clarke, directeur des opérations, explique pourquoi l'association est allée à la rencontre des acteurs européens sur leur terrain — et pourquoi le couple solaire + stockage est devenu le moteur de la croissance du solaire en Afrique.
For the first time, the Africa Solar Industry Association (AFSIA) exhibited at Intersolar Europe in Munich. Benjamin Clarke, Director of Operations, explains why the association went to meet European players on their home ground — and why solar-plus-storage has become the engine of solar growth in Africa.
Benjamin Clarke : L'AFSIA a décidé d'exposer parce que l'industrie solaire mondiale traverse un moment assez unique. La croissance des marchés plus matures comme l'Europe et l'Amérique du Nord, où beaucoup d'entreprises solaires européennes opéraient traditionnellement, a ralenti ces dernières années. Là où, auparavant, les stratégies de croissance pouvaient se contenter d'une expansion sur ces seuls marchés, cela devient plus difficile aujourd'hui : les entreprises regardent donc de plus près les opportunités des marchés émergents. Résultat, l'AFSIA a multiplié les contacts avec des entreprises européennes sur toute la chaîne de valeur. Exposer à Intersolar était un moyen stratégique d'aller vers elles, plutôt que d'attendre qu'elles viennent en Afrique. Notre partenariat étroit avec l'organisateur, SolarPromotion, nous a permis d'obtenir une présence et une plateforme pour toucher un nouveau type d'acteurs.
Les marchés européens sont plus matures que les marchés africains. Dans plusieurs cas, ils sont davantage guidés par les mécanismes de marché que par les autorités réglementaires. De plus, l'accès universel à l'électricité y est déjà acquis. L'Europe a aussi mieux réussi à construire un réseau électrique étendu et interconnecté. Cela commence en Afrique, mais beaucoup reste à faire avant que le Continental Masterplan (CMP) et le marché unique africain de l'électricité (AfSEM) ne soient pleinement réalisés.
Cela dit, le marché européen a été porté par d'autres facteurs : d'abord un cadre politique favorable, avec des tarifs de rachat généreux qui ont fait exploser le solaire au début des années 2010. Ensuite, des barrières commerciales censées protéger la fabrication européenne ont eu l'effet inverse, faisant chuter les déploiements. Ils n'ont rebondi qu'en 2021, portés par le Green New Deal européen et des prix de l'électricité élevés. La dépendance au gaz a exposé le continent lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022. Le double choc de la fermeture du détroit d'Ormuz a fait du solaire une priorité stratégique et sécuritaire en Europe. Mais le manque de flexibilité des réseaux de transport a entraîné écrêtements et prix négatifs, tout en pesant sur les infrastructures — d'où un ralentissement qui pousse de nombreuses entreprises à chercher ailleurs.
La hausse des prix du carburant a conduit plusieurs entreprises et industries à se tourner vers le solaire — et le stockage en particulier — comme moyen plus économique de sécuriser une alimentation de secours résiliente et pilotable lorsque le réseau fait défaut.
Le stockage est déjà important sur les marchés solaires africains. Les baisses de prix depuis 2024 ont rendu le solaire + stockage plus compétitif que le diesel pour sécuriser une puissance de secours fiable et pilotable. C'est particulièrement vrai dans le segment commercial et industriel (C&I) : l'AFSIA a relevé que ces installations représentaient environ 67 % des ajouts que nous avons suivis en 2025. L'équation économique est là, et le solaire + stockage est désormais l'un des principaux moteurs d'activité de nombreux marchés africains.
Question difficile, car même les marchés africains les plus avancés sont à un stade moins mature qu'en Europe. Une leçon possible viendrait de la levée par l'Afrique du Sud du plafond de capacité sur les projets solaires C&I, qui a permis un déploiement bien plus rapide et à des volumes inédits. C'est une belle illustration de la façon dont politique publique et appétit du secteur privé peuvent produire des résultats remarquables. Il faut toutefois noter que ce changement politique et ces déploiements rapides tenaient aussi largement à la crise de délestage que traversait le pays.
Faire des affaires en Afrique, c'est différent. Là où l'Europe dispose de règles étendues encadrant production, vente, transport et distribution d'électricité, beaucoup de marchés africains construisent encore ces cadres. De nombreux gouvernements et associations nationales manquent aussi de données fiables sur leurs marchés solaires, ce qui complique la décision, l'identification des opportunités et l'entrée sur le marché. Sur beaucoup de marchés africains, les relations comptent énormément : elles aident à identifier de bons partenaires locaux et à éviter les écueils que les nouveaux entrants ne verraient pas. Comprendre les acteurs nationaux et régionaux clés et nouer tôt des relations constructives avec eux est décisif.
À ce stade, toutes les formes de participation sont à l'étude. Nous avons été agréablement surpris cette année de voir tant d'entreprises intéressées par l'Afrique et tant d'acteurs africains présents à Intersolar. Nous continuerons d'évaluer les conditions de marché pour voir si le même intérêt et le même appétit pour le solaire en Afrique se retrouveront l'an prochain.
Benjamin Clarke: AFSIA decided to exhibit there because the global solar industry is going through quite a unique moment currently. Growth in more mature markets such as Europe and North America, where many European solar companies traditionally did business, has slowed in recent years. Whereas before, corporate growth strategies could have been satisfied by expansion in these markets alone, fulfilling them is becoming harder now, so companies are looking more closely at opportunities in newer markets. This has resulted in AFSIA having increased contact with European companies across the entire value chain. Exhibiting at Intersolar was a strategic way to meet and approach these companies, rather than waiting for them to come to Africa. Our close partnership with the organisers, SolarPromotion, enabled us to secure a presence at the exhibition and establish a platform from which to reach a new type of company.
European markets are more mature than African markets. In several instances, they are led more by market mechanisms than by regulatory authorities. Moreover, universal access to electricity is already established. Europe has also been more effective at creating an extensive and interconnected electricity network across the continent. This is starting to happen in Africa, but a lot of work remains before the Continental Masterplan (CMP) and the African Single Electricity Market (AfSEM) are fully realised.
That being said, the European market has been driven by different factors: initially, a supportive policy framework with generous FiTs caused solar to explode in the early 2010s. Following this, trade barriers designed to protect European solar manufacturing backfired, causing solar deployment to drop sharply. Deployment rates only recovered by 2021, driven by the European Green New Deal and high electricity prices. Europe's reliance on gas left the continent seriously exposed when Russia invaded Ukraine in 2022. Furthermore, the double-shock of the closure of the Strait of Hormuz has turned solar into a strategic and security priority across Europe. However, the lack of flexibility in transmission grids has led to curtailment and negative pricing, as well as placing a strain on transmission infrastructure. This has contributed to a slowdown in deployment, leaving many companies looking for opportunities elsewhere.
Rising fuel prices have led several businesses and industries to seek solar – and storage in particular – as a more economical way to secure resilient, dispatchable backup power when the grid fails.
Storage is already significant across African solar markets. Recent price declines since 2024 have made solar and storage more competitive than diesel for securing reliable, dispatchable backup power. This is particularly significant across the Commercial and Industrial segment, as AFSIA reported that these types of installations made up around 67% of the total additions we tracked in 2025. The economics make sense and now solar and storage are the key drivers of economic activity across many African markets.
This is a difficult question as even the most advanced African markets are at a less mature stage than those in Europe. One potential lesson could come from South Africa's lifting of the cap on the capacity of C&I solar projects, which allowed far more rapid deployment and at greater volumes than previously seen. This is a key illustration of how policy and private sector appetite can work together to generate outstanding results. It is worth noting, however, that political change and rapid deployment rates were largely due to a load-shedding crisis in the country as well.
Business is different in Africa. Whereas Europe has extensive rules and regulations governing the generation, sale, transmission and distribution of electricity, many African markets are still developing these frameworks. Moreover, many governments and national associations lack accurate data on national solar markets, making decision-making, opportunity identification and market entry complex. When doing business in many African markets, relationships are particularly important. They can help identify strong local partners and opportunities, and help avoid pitfalls that newer market entrants might miss. Understanding the important national and regional actors and building constructive relationships with them early on is key to success.
At this point, all forms of participation are under consideration. We were pleasantly surprised this year to find many companies interested in Africa and many African stakeholders attending Intersolar in Munich. We will continuously assess the prevailing market conditions to see whether the same interest or appetite for solar in Africa is likely to exist next year.
Interview réalisée par Baptiste Cotte — Energy Consultant pour SolarBrief.Africa.
Interview conducted by Baptiste Cotte — Energy Consultant for SolarBrief.Africa.
