L'Égypte accélère le développement de son secteur solaire dans le cadre d'une stratégie plus large visant à répondre à la demande énergétique croissante et à réduire sa dépendance aux combustibles fossiles.
Le pays s’est fixé pour objectif de produire 42 % de son électricité à partir de sources renouvelables d’ici 2030, le solaire jouant un rôle central grâce au fort ensoleillement de l’Égypte et à la baisse des coûts de la technologie photovoltaïque. Ces facteurs rendent les projets solaires à grande échelle particulièrement attractifs en Égypte. Parmi les projets phares du pays figure le parc solaire de Benban, l’une des plus grandes installations solaires au monde, qui a déjà mis en service près de 1,5 GW de capacité répartis sur 32 parcs solaires. Parmi les autres projets à grande échelle en service, on peut citer la centrale solaire d’Abydos 1, d’une puissance de 500 MW et associée à un système de stockage par batterie de 300 MWh, appartenant au développeur Amea Power, basé à Dubaï, ainsi que le projet photovoltaïque de Kom Ombo de 200 MW de cette même société.
À la fin du premier semestre de l’exercice financier 2025/26 de l’Égypte, l’Autorité égyptienne des énergies nouvelles et renouvelables (NREA) a fait état d’une capacité installée totale en énergies renouvelables de 9,1 GW, les projets solaires et éoliens représentant 6,2 GW. Des projets supplémentaires, de l’ordre de plusieurs gigawatts, sont en cours de développement et devraient permettre de continuer à accroître la capacité solaire.
Le secteur privé, moteur de la croissance
L’engagement du secteur privé est le pilier de l’accélération du développement solaire en Égypte. Au moment de la publication du rapport de la NREA en janvier 2025, 20 MW de projets du secteur public et 17,3 GW de projets du secteur privé étaient en cours de construction ou de développement jusqu’en 2030.
L’Égypte a établi pour la première fois son cadre de participation privée dans les énergies renouvelables en 2014, suivi un an plus tard par une législation qui a fait passer le secteur d’un monopole d’État à un marché concurrentiel. Un programme de tarifs de rachat lancé en 2014 a ensuite été remplacé par un système d’appels d’offres concurrentiels de type « construire-posséder-exploiter » (BOO). Plus récemment, des accords contractuels directs entre acteurs privés ont encore davantage ouvert le marché.
Le parc solaire de Benban illustre parfaitement le modèle de partenariat public-privé égyptien. Développées dans le cadre du programme de tarifs de rachat garantis, les différentes centrales du parc sont exploitées par des développeurs de premier plan, notamment la société norvégienne Scatec, la société saoudienne Acwa Power, le groupe français EDF et la société égyptienne Infinity.
Intégration du stockage d’énergie
À mesure que l’Égypte développe ses installations solaires, les systèmes de stockage d’énergie par batterie (BESS) jouent un rôle de plus en plus central dans l’intégration au réseau, car ils stockent l’excédent de production solaire pendant les périodes de forte production et le restituent pendant les pics de demande en soirée.
Parmi les exemples opérationnels phares, on peut citer le projet photovoltaïque Obelisk de Scatec, d’une puissance de 1,1 GW et doté d’une capacité de stockage de 200 MWh, qui a été mis en service en août et est présenté comme la plus grande installation hybride solaire-batterie d’Afrique à ce jour.
D’autres projets à grande échelle combinant énergie solaire et stockage sont actuellement en cours de développement. Le projet solaire « Energy Valley » de 1,75 GW, également porté par Scatec, comprend 4 GWh de BESS et a été décrit par le gouvernement égyptien comme étant en phase de mise en œuvre active. La centrale solaire photovoltaïque « Dandara » de 500 MW de la société norvégienne, dotée d’une capacité de stockage de 100 MWh, est également en cours de développement, selon les informations publiées par la BERD ; l’électricité produite sera vendue à Egypt Aluminium dans le cadre d’un contrat d’achat d’électricité « take-or-pay » à long terme.
Le mois dernier, le Service d’information de l’État égyptien a confirmé que le gouvernement avait accordé une « licence dorée » au projet Nubiya West Minya, d’une capacité de 1 GW et doté d’un système de stockage par batterie de 600 MWh, développé par une coentreprise entre Infinity Power Holding et HAU Energy. La semaine dernière, le ministère égyptien de l’Électricité a annoncé un nouveau projet solaire de 200 MW associé à une capacité de stockage de 120 MWh, qui sera raccordé au réseau national d’ici fin 2026.
En février, le ministère égyptien de l’Électricité et des Énergies renouvelables a confirmé son intention de mettre en service 600 MW de stockage en 2026 afin de garantir la stabilité du réseau et de permettre le déploiement de 3 GW de capacité solaire supplémentaire. Selon un rapport d'InfoLink, l’Égypte pourrait ajouter entre 2,7 GW et 4,5 GW de capacité de stockage d’ici 2028, ce qui équivaut à une capacité de stockage comprise entre 6,2 GWh et 12 GWh.
Si les batteries lithium-ion à grande échelle dominent les projets en cours de développement, l’Égypte explore également d’autres mécanismes de stockage, notamment les centrales hydroélectriques à pompage et le stockage d’énergie par air comprimé, selon des rapports gouvernementaux.
Soutenir le renforcement des capacités
L’expansion rapide des énergies renouvelables en Égypte exige des investissements substantiels dans les infrastructures du réseau. Le gouvernement a alloué 26,5 milliards de livres égyptiennes (532 millions de dollars) pour l’exercice 2024/2025 et 45 milliards de livres égyptiennes pour 2025/2026 afin de moderniser les infrastructures de transport d’électricité. La Société égyptienne de transport d’électricité (EETC) renforce les capacités des postes de transformation et étend les lignes de transport à haute et très haute tension, avec 819 postes de transformation désormais opérationnels sur un réseau de transport de 61 000 kilomètres.
Des partenariats internationaux contribuent à accélérer ces efforts. Un montage financier de 690 millions d’euros (800 millions de dollars) provenant de l’Union européenne et de la Banque européenne d’investissement vise à intégrer 22 GW de capacité renouvelable au réseau égyptien d’ici 2030. L’un des projets phares consiste en une ligne de transport de 61,6 kilomètres à 500 kV, d’une valeur de 20 milliards de livres égyptiennes, reliant les projets d’énergie renouvelable du golfe de Suez au poste de Hawamdiya, au sud de Gizeh.
Ces modernisations d’infrastructures visent à réduire les pertes de transport, à améliorer la fiabilité du réseau et à offrir la flexibilité nécessaire pour s’adapter à la production intermittente d’énergies renouvelables et aux systèmes de stockage par batterie à grande échelle.
Pourquoi est-ce important ?
L’expansion du solaire en Égypte repose de plus en plus sur un déploiement coordonné des infrastructures et des systèmes de stockage. Pour les développeurs solaires et les maîtres d’œuvre (EPC), la transition vers des projets hybrides « solaire + stockage » exige une expertise technique plus approfondie en matière d’intégration des batteries et de contrôles interactifs avec le réseau, tandis que les fournisseurs d’équipements peuvent s’attendre à une demande croissante de systèmes de gestion de batteries, de convertisseurs CC/CA et d’onduleurs de formation de réseau.
Les décideurs publics d’autres pays africains peuvent se tourner vers l’Égypte comme modèle à suivre pour l’intégration à grande échelle de systèmes solaires distribués associés à un stockage ; un modèle que les gestionnaires de réseau à travers le continent devront probablement adopter à mesure que la pénétration des énergies renouvelables augmente et que les coûts des batteries continuent de baisser.
Egypt is accelerating the development of its solar sector as part of a wider strategy to meet growing energy demand and reduce its dependence on fossil fuels.
The country has set itself the target of generating 42 per cent of its electricity from renewable sources by 2030, with solar power playing a central role thanks to Egypt’s abundant sunshine and the falling costs of photovoltaic technology. These factors make large-scale solar projects particularly attractive in Egypt. Among the country’s flagship projects is the Benban solar park, one of the largest solar installations in the world, which has already commissioned nearly 1.5 GW of capacity spread across 32 solar parks. Other large-scale projects currently in operation include the 500 MW Abydos 1 solar power station, which is coupled with a 300 MWh battery storage system and owned by the Dubai-based developer Amea Power, as well as the same company’s 200 MW Kom Ombo photovoltaic project.
At the end of the first half of Egypt’s 2025/26 financial year, the Egyptian New and Renewable Energy Authority (NREA) reported a total installed renewable energy capacity of 9.1 GW, with solar and wind projects accounting for 6.2 GW. Further projects, amounting to several gigawatts, are currently under development and are expected to enable solar capacity to continue to grow.
The private sector: the driving force behind growth
The private sector’s commitment is the cornerstone of the accelerated development of solar energy in Egypt. At the time of the NREA report’s publication in January 2025, 20 MW of public-sector projects and 17.3 GW of private-sector projects were under construction or in the development pipeline up to 2030.
Egypt first established its framework for private sector participation in renewable energy in 2014, followed a year later by legislation that transformed the sector from a state monopoly into a competitive market. A feed-in tariff scheme launched in 2014 was subsequently replaced by a system of competitive ‘build-own-operate’ (BOO) tenders. More recently, direct contractual agreements between private stakeholders have opened up the market even further.
The Benban solar park is a perfect illustration of the Egyptian public-private partnership model. Developed under the feed-in tariff programme, the various power stations within the park are operated by leading developers, including the Norwegian company Scatec, the Saudi company Acwa Power, the French group EDF and the Egyptian company Infinity.
Integration of energy storage
As Egypt expands its solar capacity, battery energy storage systems (BESS) are playing an increasingly central role in grid integration, as they store surplus solar generation during periods of high output and release it during evening peak demand.
Among the leading operational examples, Scatec’s 1.1 GW Obelisk photovoltaic project, with a storage capacity of 200 MWh, which came online in August and is billed as Africa’s largest solar-battery hybrid facility to date.
Other large-scale projects combining solar power and storage are currently under development. The 1.75 GW ‘Energy Valley’ solar project, also led by Scatec, includes 4 GWh of BESS and has been described by the Egyptian government as being in the active implementation phase. The Norwegian company’s 500 MW ‘Dandara’ solar photovoltaic power station, with a storage capacity of 100 MWh, is also under development, according to information published by the EBRD; the electricity generated will be sold to Egypt Aluminium under a long-term ‘take-or-pay’ power purchase agreement.
Last month, the Egyptian State Information Service confirmed that the government had granted a ‘golden licence’ to the Nubiya West Minya project, with a capacity of 1 GW and a 600 MWh battery storage system, developed by a joint venture between Infinity Power Holding and HAU Energy. Last week, the Egyptian Ministry of Electricity announced a new 200 MW solar project combined with 120 MWh of storage capacity, which is due to be connected to the national grid by the end of 2026.
In February, the Egyptian Ministry of Electricity and Renewable Energy confirmed its intention to commission 600 MW of storage by 2026 in order to ensure grid stability and enable the deployment of a further 3 GW of solar capacity. According to a report by InfoLink, Egypt could add between 2.7 GW and 4.5 GW of storage capacity by 2028, equivalent to a storage capacity of between 6.2 GWh and 12 GWh.
Whilst large-scale lithium-ion batteries dominate projects currently under development, Egypt is also exploring other storage mechanisms, including pumped-storage hydroelectric power stations and compressed air energy storage, according to government reports.
Supporting capacity building
The rapid expansion of renewable energy in Egypt requires substantial investment in grid infrastructure. The government has allocated 26.5 billion Egyptian pounds ($532 million) for the 2024/2025 financial year and 45 billion Egyptian pounds for 2025/2026 to modernise the electricity transmission infrastructure. The Egyptian Electricity Transmission Company (EETC) is upgrading the capacity of substations and extending high- and extra-high-voltage transmission lines, with 819 substations now operational across a 61,000-kilometre transmission network.
International partnerships are helping to accelerate these efforts. A €690 million ($800 million) financing package from the European Union and the European Investment Bank aims to integrate 22 GW of renewable capacity into the Egyptian grid by 2030. One of the flagship projects is a 61.6-kilometre, 500 kV transmission line, worth 20 billion Egyptian pounds, linking renewable energy projects in the Gulf of Suez to the Hawamdiya substation, south of Giza.
These infrastructure upgrades are designed to reduce transmission losses, improve grid reliability and provide the flexibility needed to accommodate the intermittent output of renewable energy sources and large-scale battery storage systems.
Why is this important? The expansion of solar power in Egypt is increasingly reliant on the coordinated deployment of infrastructure and storage systems. For solar developers and engineering, procurement and construction (EPC) contractors, the transition to ‘solar + storage’ hybrid projects requires more in-depth technical expertise in battery integration and interactive grid controls, whilst equipment suppliers can expect growing demand for battery management systems, DC/AC converters and grid-forming inverters.
Policy-makers in other African countries may look to Egypt as a model to follow for the large-scale integration of distributed solar systems combined with storage; a model that grid operators across the continent will likely need to adopt as the penetration of renewable energy increases and battery costs continue to fall.
Sources :Sources: New and Renewable Energy Authority, Egyptian State Information Service, Ministry of Electricity and Renewable Energy, Egyptian Electricity Transmission Company
